Mercredi 9 décembre, une foule organisée de plus de 100 personnes a envahi le temple Phuoc Huê à Bao Lôc, pour perturber la réunion officielle qui avait lieu avec une délégation diplomatique de l’Union Européenne venue en mission d’enquête, et menacer vicieusement l’abbé
Vers 8h45 du matin, mercredi 9 décembre, une foule dirigée par des policiers en civil a soudain envahi le temple Phuoc Huê, à Bao Lôc, eta perturbé une réunion qui avait lieu entre l’abbé et des représentants diplomatiques de l’Union Européenne. La foule était composée de plus de 100 personnes,qui prétendaient être des Bouddhistes de la ville mais dont la majorité n’était reconnue par les moines ni comme des Bouddhistes, ni comme des personnes venant des environs. Face à leur comportement, la réunion a dû s’arrêter. Après que la délégation a quitté les lieux, la foule a ciblé directement l’abbé, l’assaillant, le menaçant et l’insultant. Des personnes faisant partie de ces foule ont lu les décrets gouvernementaux ordonnant l’expulsion des moines et moniales de Bat Nha, et ont essayé de le forcer à signer un document similaire. Elles l’ont menacé, disant que s’il ne renvoie pas les moines et moniales de Bat Nha, d’ici le 15 décembre au plus tard, il “aura mérité ce qui va lui arriver”.
L’attaque a eu lieu seulement deux jours après la déclaration des autorités locales de Lam Dông (document N°227 PNV) ordonnant à plusieurs associations bouddhistes comme communistes de se mobiliser et d’exécuter l’ordre (document 1185TCGP-PG, daté du 26 novembre) du Comité gouvernemental des Affaires Religieuses d’expulser et de disperser les moines et moniales de Bat Nha alors réfugiés au temple Phuoc Huê.
Vers 7 heures du matin le 9 décembre, deux heures avant l’arrivée prévue de la délégation européenne au temple Phuoc Huê, un grand nombre de policiers en civil étaient stationnés tout autour du temple, ainsi que devant chacune des trois entrées du temple. Ils empêchaient les voitures et les passants de s’arrêter, et les habitants de la ville d’entrer dans le temple. Mr Long, chef de la police religieuse de Bao Loc, a été vu et photographié sur les lieux, habillé en civil, à des moments clés de l’agitation, plusieurs fois dans la journée.
Vers 8h45, une foule bruyante d’une centaine de personnes est apparue, et les policiers en civil les ont laissé entrer dans le temple. La foule brandissait des drapeaux bouddhistes, mais les personnes n’étaient pas reconnues comme habitant les environs.
A 9 heures, la délégation de l’Union européenne est arrivée, et alors qu’elle entrait dans la salle de conférence, la foule a afflué, poussant et essayant de s’asseoir sur les premiers rangs. Plusieurs personnes de cette foule ont perturbé la réunion en criant et en insultant. Un homme guidait la foule dans ces “débordements”: à un coup de sifflet, tout le monde applaudissait et criait; à deux coups de sifflet, tout le monde redevenait calme. Des mégaphones étaient utilisés pour diffuser de la musique à plein volume, des sirènes et des dénonciations verbales. La réunion a dû être abandonnée au bout de quelques minutes. Une dépêche d’Associated Press du 9 décembre, a cité Mme Mary Louise Thaning, qui menait la délégation diplomatique, disant qu’“ils étaient très en colère, alors il était inutile de continuer la réunion.”
Une fois la délégation partie, la foule est allée droit sur l’abbé, le Vénérable Thich Thai Thuân, âgé de 63 ans, qui protège depuis plus de deux mois les moines et moniales de Bat Nha. Il fut forcé de sortir de la salle, et est alors allé se retirer dans sa chambre où il s’est enfermé à clé pour se protéger.
Quelques dames, disciples de l’abbé, ainsi que quelques moines, se sont mis devant la porte de sa chambre pour arrêter la foule. Mais cette dernière a forcé le passage, frappant à grands coups à la porte de la chambre de l’abbé, exigeant qu’il la laisse entrer. Pendant ce temps, les autres moines et moniales de Bat Nha pratiquaient la méditation assise près de sa chambre, en soutien pacifique envers l’abbé. La foule criait, exigeant de le voir. Après avoir tenté de forcer la porte de sa chambre sans succès, la foule est partie, à l’heure du déjeuner.
La délégation de l’Union Européenne est revenue vers 14h. Les moines et moniales pratiquaient alors la méditation assise, comme à leur habitude à cette heure-là. La délégation est allée directement vers la chambre de l’Abbé pour le rencontrer, accompagnée d’un de ses disciples et de deux moines et trois nonnes de Bat Nha. Pendant la réunion, les gens qui avaient envahi le temple le matin ont commencé à revenir au temple. Dès que la réunion s’est terminée et que la délégation est partie, la foule, alors rassemblée, a envahi la chambre de l’abbé et a commencé à le terroriser, l’insultant et le menaçant. Les gens disaient que ce temple leur appartenait, que c’était eux qui avaient payé pour sa construction et qu’ils ne voulaient pas que les moines et nonnes de Bat Nha y vivent. Pourtant, aucun d’entre eux n’a été reconnu par les moines locaux comme pratiquant bouddhiste venant au temple Phuoc Huê.
Ils ont crié des décrets gouvernementaux et exigé que l’abbé signe un document qu’ils avaient préparé, déclarant qu’il renverrait les moines et moniales de Bat Nha d’ici le 15 décembre. C’est à ce moment-là qu’ils ont annoncé que si les moines et moniales ne partaient pas d’ici le 15 décembre, il “méritera ce qui va lui arriver”. L’abbé a refusé de signer. Les 5 moines et moniales de Bat Nha étaient toujours présents, et deux jeunes moniales les ont rejoints, voulant ainsi montrer leur soutien à l’abbé. Au bout d’un moment, une dame a ordonné à la foule de “jeter les nonnes dehors”. Des hommes ont soulevé au moins quatre des nonnes par la taille et les ont jeté dehors. L’une d’entre elle s’est cognée à la tête dans l’agitation. Elle s’est tout de suite assise dehors sur le macadam pour pratiquer la méditation assise.
Les appels en urgence faits à la police locale n’étaient pas répondus; des membres de la police locale, et d’autres de la police religieuse, ont été identifiés parmi la foule, dirigeant leurs actions.
Pendant tout le temps où l’abbé était attaqué, la plupart des moines et moniales pratiquaient la méditation assise dans la salle du Bouddha au premier étage, évitant ainsi de provoquer d’autres confrontations. En même temps, des moines invitaient le Grand Tambour et la Grande Cloche du Temple en continu, pour alerter la ville de leur situation critique. Le Grand Tambour et la Grande Cloche ne sont utilisés qu’à l’occasion des grandes cérémonies, des décès – ou des états d’urgence. Les moines chantaient des prières traditionnelles en invitant la cloche et le tambour. Des disciples de l’abbé habitant Bao Lôc ont téléphoné au temple pour dire qu’ils avaient reçu l’ordre de la police et des autorités locales de ne pas quitter leur maison et de ne pas aller à Phuoc Huê, et ceux qui avaient réussi à aller jusqu’au temple n’étaient pas parvenus à entrer. Alors que l’abbé était menacé et insulté, des ambulances sont arrivées, appelées par des membres de la foule, et se sont garées près du temple, sans doute pour intimider. Finalement, la foule a quitté les lieux vers l’heure du dîner.
Chaque membre de la foule organisée brandissait un drapeau bouddhiste, mais presque aucun d’entre eux ne portait la robe grise Ao Trang, que les pratiquants bouddhistes vietnamiens portent lorsqu’ils vont au temple. Il a aussi été rapporté que beaucoup d’entre eux sentaient l’alcool (les Bouddhistes évitent de boire de l’alcool, et ne viendraient de toute façon pas au temple après avoir bu). Comme l’a déclaré lui-même l’abbé, “En agissant et en parlant ainsi, ces personnes ont déjà prouvé qu’elles ne sont pas Bouddhistes”.
En fait, d’après les informations reçues des habitants de Bao Lôc, la police locale avait essayé, pendant plusieurs jours, de recruter du monde pour cette manifestation, mais il lui était très difficile de convaincre qui que ce soit, malgré les intimidations. Certains membres de la foule ont été reconnus comme étant des policiers (hommes et femmes) de la police locale, et d’autres de l’Association des Vétérans, mais il semble que la majorité d’entre eux venaient d’autres régions.
Les heures de départ de la foule (pour le déjeuner et pour le dîner), sa présence en semaine pendant une journée de travail amène à croire que tous ses membres étaient payés pour leur “travail”. C’est ce qui a été confirmé par une interaction entre quatre d’entre eux et des moniales de Bat Nha. Ces quatre hommes étaient restés au temple Phuoc Huê mercredi soir, alors que le reste de la foule avait déjà quitté les lieux. Les moniales leur ont demandé qui ils étaient et pourquoi ils étaient venus ici. Ils ont dit qu’ils avaient été payé 200 000 dong par jour (pour trois jours) par les autorités, pour faire partie de cette foule, et qu’ils avaient fait pour cela plus de 1500 kilomètres (ils habitaient à Nam Dinh). Ils ont exprimé leur regret de devoir faire un tel travail.