Soutien au monastère Bat Nha: retour sur la situation

 Le 27 septembre dernier, plus de 350 moines et moniales bouddhistes, disciples du maître zen vietnamien mondialement connu Thich Nhat Hanh, ont été violemment expulses de leur monastère au Vietnam par une bande organisée et dirigée par la police. Cela fait maintenant 8 semaines qu’ils sont réfugiés au temple Phuoc Huê dans la ville voisine de Bao Lôc. Deux Frères aînés sont toujours en résidence surveillée sans aucune charge ; et deux autres ont été menacés d’être arrêtés si la police les trouve.

Suite à de nombreux articles dans la presse internationale et à la forte pression de la part de la communauté internationale et du peuple vietnamien, les violences et le harcèlement commandés par le gouvernement semblaient s’être un peu calmés en octobre.

Mais, alors que certains membres du gouvernement ont essayé de protéger les moines et moniales de Bat Nha, ces dernières semaines les membres de la police religieuse intensifient les persécutions. Le gouvernement a maintenant commencé à agir pour dissoudre la communauté de force, où qu’elle aille, menaçant par la violence si elle n’obéit pas. Un ultimatum est lancé, fin novembre, pour que les moines et moniales quittent le temple Phuoc Huê. L’intention de la police religieuse devient de plus en plus claire :  il s’agit de persécuter systématiquement les moines et moniales de Bat Nha, les empêchant de pratiquer ensemble, où qu’ils aillent – pour les forcer à abandonner leur vie monastique de paix et de service. Toutes ces actions sont à l’encontre de la loi vietnamienne ainsi que de nombreux accords internationaux signés par le Vietnam.

Historique

  • 2005: Thich Nhat Hanh retourne au Vietnam après 39 ans d’exil. Le monastère Bat Nha est offert par l’abbé, le Vénérable Duc Nghi, devant une foule de milliers de personnes, pour que ce temple devienne un centre de pratique pour moines et moniales dans la tradition du Village des Pruniers. Le monastère Bat Nha est soutenu par le gouvernement du Vietnam ainsi que par l’Eglise Bouddhique officielle du Vietnam. Cinq cents moines et moniales sont ordonnés dans la tradition du Village des Pruniers, entre 2005 et 2009.
  • Août 2008: l’abbé Duc Nghi, sous la pression du gouvernement, arête de parrainer les 500 moines et moniales. La police locale commence à harceler les moines et moniales de Bat Nha
  • Octobre 2008: Une note confidentielle du gouvernement central est découverte. Elle révèle la condamnation du gouvernement à l’encontre de la communauté internationale du Village des Pruniers vue comme “une menace à l’unité nationale”, et les ordres clairs du gouvernement d’expulser les moines et moniales de Bat Nha qui pratiquent dans la tradition du Village des Pruniers.  Quelques jours plus tard, l’Eglise Bouddhique officielle du Vietnam publie en réponse un document soutenant les moines et moniales de Bat Nha. Le harcèlement de la police et des employés du gouvernement s’intensifie.
  • Juin 2009: L’électricité, le téléphone et l’eau sont coupés ; les bâtiments et statues vandalisés. Des moines et moniales de Bat Nha, ainsi que des Vénérables bouddhistes de la province de Lâm Dông en visite sur les lieux, sont harcelés physiquement.
  • 27 et 28 septembre 2009:  les 379 moines et moniales sont expulsés de force du monastère Bat Nha. Nombre d’entre eux sont frappés brutalement, sous la caméra d’un policier, et quatre moines sont harcelés sexuellement. Deux Frères aînés sont embarqués par la police sans aucune charge,  pour être mis en résidence surveillée jusqu’à aujourd’hui. Les moines ont marché sous la pluie torrentielle sur 17km, jusqu’au temple Phuoc Huê dans la ville de Bao Lôc, où ils ont demandé l’asile. Les moniales de Bat Nha, harcelées et menacées, les rejoignent le jour suivant
  • fin septembre et octobre 2009: la police locale harcèle et tente de disperser les moines et moniales de Bat Nha réfugiés à Phuoc Huê. Une intense propagande contre ces derniers se met en place, à travers les stations de radio, les journaux et les messages diffusés sur haut-parleurs dans les rues. L’attention internationale, les déclarations publiques de l’opinion internationale ainsi que les critiques à l’intérieur même du pays aident à diminuer le harcèlement pendant à peu près 10 jours, mais la surveillance et les efforts de la police pour disperser les Frères et Sœurs continuent.
  • 2 novembre 2009: la pression du gouvernement s’intensifie, et une date limite est donnée, la fin du mois de novembre, pour quitter le temple Phuoc Huê. Le chef de la Province de Dalat exige de l’abbé de Phuoc Huê qu’il expulse les moines et moniales, sous peine de violences. Six Sœurs de Bat Nha, allées se réfugier au temple Tu Duc  dans la province Khanh Hoa, sont harcelées par 7 policiers, qui leur ordonnent de partir immédiatement. De pauvres vendeurs des rues de Bao Lôc sont constraints par la police de signer une pétition contre les moines et moniales de Bat Nha sous peine d’amende.
  • 9 novembre: le Village des Pruniers reçoit une menace par e-mail, déclarant “la mort du Village des Pruniers” au Vietnam d’ici la fin du mois. Un e-mail similaire avait été envoyé avant la première attaque du monastère en juin et avant la violente expulsion du 27 septembre.
  • 10 novembre : Thích Thái Thuân, l’abbé du temple Phuoc Huê, répond pour la première fois à une interview, sur Radio France Internationale Vietnam. En réponse à la question « pensez-vous que les moines et moniales sont en sécurité au temple Phuoc Huê”, il répond que d’après lui, ils sont “temporairement” en sécurité, mais que la police vient régulièrement vérifier les papiers “des moines entre 18 et 25 ans », menaçant de les envoyer au service militaire.
  • 19 novembre:  un deuxième e-mail de menaces est reçu, attaquant Thich Nhat Hanh pour avoir “sali la nation vietnamienne et le bouddhisme vietnamien sur la scène internationale, en ouvrant ses mains pour mendier des  Nations-Unies qu’ils introduisent leurs mains et becs dans nos affaires internes au Vietnam”. Ce message décrit les Frères et Sœurs aînés de la communauté du Village des Pruniers comme “des insectes ca cuong [insectes qu’on mange dans le Nord du Vietnam], qui approchent de leur mort mais sont incapables d’ouvrir leurs yeux pour voir clairement”. Le même jour, le Vénérable  Minh Nghia, un moine supérieur de la région de Saigon qui avait offert d’accueillir la communauté, est convoqué par la police locale, menacé,  et interdit l’accueil des moines et moniales de Bat Nha – sans aucune justification légale –.
  • 21 Novembre: 22 postulants de la communauté de Bat Nha sont ordonnés au temple Tu Hiêu à Huê (le temple-mère du Village des Pruniers, où Thich Nhat Hanh avait lui-même été ordonné). Tout de suite après l’ordination, des policiers sont arrivés, furieux que la cérémonie ait eu lieu. Un Frère aîné explique qu’il s’agit d’une affaire interne au temple, qui n’a rien à voir avec la police. La surveillance et le harcèlement au temple Tu Hiêu s’intensifie de manière spectaculaire. La police exige que tous les moines et moniales de Bat Nha quittent les lieux, mais ils n’ont nulle part où aller. 
  • 22 novembre : des policiers menacent le Vénérable abbé Giac Viên, l’abbé du temple Tu Duc à Cam Ranh. Il a offert l’asile à 21 moniales et 7 moines de Bat Nha, qui sont venus trouver du repos face à la surveillance et au harcèlement extrêmes dont ils sont l’objet au temple Phuoc Huê. Les policiers rendent maintenant visite, harcèlent et menacent l’abbé, les moines et les moniales presque tous les jours, exigeant que les moines et moniales de Bat Nha quittent les lieux. L’abbé est régulièrement convoqué au poste de police pour de longs interrogatoires. La police exige que même ceux qui ont déjà des permis de résidence pour la province Khanh Hoa quittent le temple, s’ils sont des « moines et moniales de Bat Nha ».
  • 26 novembre: Le Parlement européen vote une résolution condamnant la violence à Bat Nha, et demandant au Vietnam de cesser ses violations de la liberté d’expression, de la liberté de religion et de la liberté d’assemblée, ainsi que de respecter ses engagements envers les Droits de l’Homme ainsi qu’envers sa propre constitution. Heidi Hautala, Présidente du sous-comité des Droits de l’Homme au Parlement, rappelle que la situation est “extrêmement préoccupante”, et annonce que le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies a recommandé qu’un Rapporteur Spécial des Nations-Unies soit envoyé au Vietnam pour examiner la situation. Le Parlement appelle à la cessation de toute persécution et de tout harcèlement, et demande à ce que les moines et moniales aient le droit de pratiquer le bouddhisme dans la tradition de la communauté monastique de Thich Nhat Hanh, à Bat Nha et ailleurs.  
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